[size=24] Chapitre I[/size]
Cally regarda dans le bureau par la fente de la porte qu'elle venait d'ouvrir et réprima un sursaut de surprise. Elle referma précipitamment la porte et se repassa rapidement l'emploi du temps de la journée en tête. La séance de shootage, l'interview des mannequins, la réunion de pré-publication….elle réfléchit encore quelques secondes, les sourcils froncés, mais en vint à la même conclusion: Gackt n'avait absolument rien à faire dans le bureau de Miss Mayers.
Et pourtant –elle vérifia encore une fois- il était bien là. Y avait-il un problème avec l'interview? Mais cela semblait étrange…il ne se serait pas déplacé lui-même! Et puis cela faisait des années qu'il donnait les mêmes réponses aux mêmes questions –"Quel est votre groupe préféré?" "Que préférez vous chez une fille?" "Pourquoi avoir choisi de devenir chanteur?", etc- pourquoi commencerait-il à y trouver quelque chose à redire maintenant?
Elle tendit l'oreille, tâchant d'entendre ce qu'il se disait, mais ne surprit que quelques bribes de conversation qui ne faisaient aucun sens. Au bout de quelques instants, la porte s'ouvrit soudainement, la faisant sursauter, et Gackt sortit du bureau.
Il la regarda un instant, se demandant certainement ce qu'elle faisait là, puis sembla la reconnaître et ses lèvres s'étirèrent en un sourire teinté –du moins c'est ce qu'il sembla à Cally- de moquerie.
- Bonjour, fit-il.
- Bonjour, répondit-elle. Pourquoi êtes vous venus?
- Mais pour vous voir, bien entendu.
Son sourire s'élargit et Cally, qui s'efforçait d'être polie, perdit le sien.
- Il y a un problème avec l'article de cette semaine?
- Non. Ce n'est qu'une visite de courtoisie.
Elle le regarda d'un air soupçonneux mais n'insista pas. Si elle devait être mise au courant de ce qu'il se passait, Mayers lui en parlerait. Sinon, c'était que cela n'était pas ses affaires.
- J'ai du travail, reprit-elle d'un ton froid. Au revoir.
- Je ne comprends pas, fit-il en ignorant sa tentative de départ.
- Vous ne comprenez pas quoi? Soupira t-elle.
- Vous avez la chance de me parler et vous ne pensez qu'à vous enfuir. Il y a des filles qui tueraient pour être à votre place vous savez?
- Eh bien, je l'échangerais volontiers avec elles. Maintenant, si vous voulez bien m'excus…
- C'est quand même bizarre. Vous ne vous sentez pas attirée du tout?
- Non, pas du tout. Et j'ai du travail. Si je reste là à vous supporter, Miss Mayers va encore hurler et menacer de me faire virer. Alors, allez ennuyer quelqu'un d'autre.
Il la laissa partir, un air perplexe sur le visage. Il ne devait pas arriver à concevoir qu'on puisse ne pas s'intéresser à lui , sans doute. Pour lui, sa personne était certainement l'image même de la perfection.
Elle esquissa un sourire et referma la porte derrière elle, prête à subit les remontrances de sa supérieure. Mais, à sa grande surprise, celle-ci se contenta de la saluer avec un semblant de sourire, ce qui pour elle était déjà énorme: elle souriait en général à tout le monde, sauf à Cally.
- Miss Mayers, comment allez-vous?
- Bien, bien.
Puis, elle releva les yeux et fit un véritable sourire ce qui eut pour effet de faire Cally se glacer d'un sentiment proche de l'effroi. Cette marque étrange et inhabituelle de bonne humeur et d'appréciation ne présageait rien de bon.
- Ma petite Cally, j'ai une mission spéciale pour vous.
Nous y voilà, soupira Cally intérieurement.
- Oui, Miss Mayers?
- J'ai toujours estimé que vous étiez la meilleure assistante qu'on puisse avoir. Vous m'avez jamais déçue et j'ai en vous une entière confiance, c'est pourquoi, j'aimerais vous demander un service un peu spécial, qui n'a rien à voir avec le travail mais pour lequel je saurai néanmoins me montrer extrêmement reconnaissante.
- De quoi s'agit-il Miss?
Flora Mayers se leva et fit le tour du bureau, découvrant sa courte jupe et ses longues jambes parfaitement modelées. C'était une très belle femme, au corps élancé et aux formes généreuses qu'elle mettait en valeur avec beaucoup de talent. Tout en elle était parfait, de ses yeux à ses chevilles. Fine, sans être maigre, grande, sans être une girafe, aguicheuse, sans être vulgaire…Flora Mayers était objet de nombreuses jalousies et convoitises. Mais derrière ces yeux magnifiques et ce sourire d'ange qu'elle savait montrer aux personnes qu'elle désirait, Cally savait qu'il se cachait quelque chose de bien moins attirent.
- Vous avez vu Gackt sortit pas vrai?
- Oui.
- Vous avez parlé?
- Un peu. Nous nous sommes salués.
Elle hocha la tête et fit signe à Cally de s'asseoir. Celle-ci obéit en silence et attendit que sa supérieure reprenne la parole pour lui expliquer exactement de quoi il était question.
- Voyez vous, Cally, Gackt et moi entretenons une relation qui va plus loin que la simple amitié.
- Vous voulez dire que vous sortez ensemble?
- C'est cela.
Cally savait qu'elle aurait du être surprise, mais finalement, ce n'était pas si choquant que cela. Gackt était un narcissiste, Flora aussi. Chacun devait voir en l'autre le parfait accessoire pour briller encore un peu plus.
- Vous savez, continua Flora Mayers, j'en ai assez de travailler ici. J'ai beaucoup de talent, vous en conviendrez certainement, alors pourquoi suis-je ici à interviewer toujours les mêmes personnes de la même façon? Je veux plus! Et si les imbéciles de l'administration ne peuvent pas voir mon talent, pourtant si évident, il faudra les convaincre autrement. Nous sommes des produits.
Elle regarda Cally d'un air grave.
- C'est peut-être choquant de dire cela, mais nous ne sommes que des produits de consommation. La demande créée l'offre. On demande des articles sur des chanteurs, nous en offrons. Nous n'écrivons pas comme nous voulons, mais nous conformons à ce que le public attend de nous. Si le public aime un produit, il marchera. Sinon, comme tous les produits sans succès, il sera jeté. Comme les autres, je ne suis qu'un produit. Bien entendu, ce qui est important quand on veut vendre quelque chose, c'est la qualité de cette chose…mais pas uniquement!
- Il y a aussi la publicité, n'est-ce pas?
- Tout à fait, acquiesça Flora Mayers. La publicité est un élément crucial, si ce n'est l'élément le plus important, dans la vente d'un produit. En général, nous faisons notre propre publicité, en nous habillant bien, en nous maquillant, en parlant de telle ou telle façon. Mais cela ne mène généralement pas très loin. Mais il y a une recette qui marche à tous les coups: une célébrité. Si une célébrité aime telle boisson, le public boira telle boisson. Si une célébrité aime telle personne, le public voudra voir telle personne. C'est comme cela que ça marche.
- Vous…
Cally ne finit pas sa phrase, alors qu'elle commençait à comprendre ce que sa supérieure voulait faire.
- J'ai l'intention de me servir de Gackt afin de m'élever, oui.
- Mais…
- Vous voulez me le reprocher?
Un instant, Flora eut l'air en colère, puis son expression se radoucit légèrement, pour finalement ne plus ressembler qu'à l'expression d'une sorte de pitié.
- Nous utilisons tous les autres, soupira t-elle, c'est comme cela. Et pour une fois, je vous offre l'occasion de vous servir de moi, profitez-en.
- Je ne comprends pas.
- Je ne fais pas confiance aux paparazzis. S'ils prenaient des photos de Gackt et moi, ils les feraient apparaître dans leur journal, cela ferait vendre le journal, puis quand le journal ne se vendrait plus, ils balanceraient que je les ai payé pour prendre ces photos, afin de créer un autre scandale propice à la vente. Tandis que vous, vous n'avez rien à gagner à me trahir, au contraire. Tant que vous gardez le silence, votre place est assurée. Si je m'élève, vous vous élèverez avec moi.
- Vous oubliez quelque chose…
- Quoi?
- Le sens moral.
- Bah, rit Flora, c'est tellement surfait le sens moral. Quoi? Tu crois qu'il est amoureux de moi? Crois-moi, il n'y a rien de cela. D'ailleurs, ajouta t-elle avec ce qui ressemblait à une pointe de regret, je ne crois pas qu'il soit possible que quelqu'un tombe amoureux de moi. C'est comme cela. Je fais rêver les hommes, mais ce ne sera jamais que cela.
Cally ne sut pas quoi répondre et resta simplement silencieuse. Sa morale lui criait de refuser, et en même temps, cela ne ferait réellement de mal à personne pas vrai? Ni à Gackt ni à elle. Flora aurait la place qu'elle voulait. Tout le monde y gagnait! Mais sur le principe, cela paraissait tellement mal.
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