Dans le mur
Non.
Il n'y a pas d'autre reflet que le mien dans l'écran de la télé, et ce ne sont pas des bruits de pas qui résonnent dans le couloir. Il n'y a pas de main qui se glisse sur mon épaule et ce gémissement affreux n'est que le bruit du vent.
Non.
Il ne faut pas y penser. Les lumières sont toutes allumées, ils ne peuvent pas sortir, tout va bien. Se concentrer sur la télé. Ne rien entendre que la voix des acteurs se donnant la réplique. Se concentrer sur l'histoire. Ne pas regarder autour, ne pas vérifier le reflet toutes les cinq minutes.
Juste
Un bref regard vers la pendule, il est cinq heures du matin. Plus que deux petites heures, c'est tout. Le soleil se lèvera bientôt. La nuit sera bientôt terminée, courage!
Je me lève pour aller chercher de l'eau, en prenant soin de ne pas regarder dans le miroir de l'entrée. Je ne m'attarde pas non plus dans la cuisine, qui sait ce qui peut se cacher derrière le bar où dans les placards. Je me dépêche de remplir ma bouteille d'eau, et je m'en vais. Sans éteindre la lumière bien entendu.
Dehors, j'entends un orage qui s'annonce. Je prie pour qu'il n'y ait pas de rupture de courant. Si les lumières s'éteignaient subitement, même pour un quart de seconde, ce serait la fin.
Non
Mais
J'entends du bruit venant du mur, comme si quelque chose cherchait à en sortir. Un bruit de raclement affreux. Je commence à trembler. 5:37. Je monte le son de la télévision, mais les frottements se font plus rageux, plus rapides…il veut sortir. Il y a quelque chose dans le mur. Il y a quelque chose dans le mur. L'orage éclate, un éclair fuse.
Non
Les monstres n'existent pas. On en voit dans les films et les livres, mais c'est tout. Ca n'existe pas en vrai. Tout de même, j'ai peur. Je veux me lever, je veux m'enfuir, mais mes jambes ne bougent pas. C'est comme si quelqu'un ou quelque chose, caché sous le canapé, m'avait agrippé les chevilles pour m'empêcher de fuir.
Et puis
Il est toujours 5:37. L'horloge s'est arrêtée. L'horloge ou le temps? Je commence à paniquer. Je refuse de baisser la tête. Je ne veux pas regarder en bas. Si je vois son visage souriant, je sais que ce sera la fin. Et les grattements sur le mur ne cesse de se rapprocher. Il arrive, bientôt il sera sorti.
Il y a un bruit dans l'escalier, une marche craque. C'est le chat. C'est le chat. J'essaie de me convaincre, mais je sais bien, que ce n'est pas le chat. C'est quelque chose d'autre. Mais pas question que je me retourne. Si je le vois, c'est qu'il existe. Je ferme les yeux. Tout va bien. Tout va bien. Mais je n'arrive pas à y croire. Tout va bien. J'ai beau me le répéter, je sais que c'est faux. Tout va bien. Ne pas ouvrir les yeux. Tout va bien.
J'entends
Un bruit, un peu comme un rire. Mais ce n'est que mon imagination, pas vrai? Ou alors c'est le film. Oui ce doit être cela. Cela ne peut être que cela…
Le rire se fait entendre à nouveau. C'est un rire à la fois enjoué et cruel, un rire affreux. Mon cœur se glace.
Il faut que je me lève.
Il faut que j'aille à la cuisine.
Il faut que j'ouvre le tiroir à ustensiles et prenne un couteau.
Si j'avais un couteau, je pourrais me défendre!
Mais me défendre contre quoi?
Car il n'y a rien.
Je n'ouvrirai pas les yeux, mais si je les ouvrais, il n'y aurait rien. Je le sais bien, je le sais bien et pourtant, j'ai peur.
Alors
J'essaie de calmer ma respiration. Je ne dois pas montrer que j'ai peur. Je ne dois pas avoir peur. Je dois bouger, je dois me lever. Je peux le faire, parce que personne ne me tient les chevilles sinon la terreur. C'est elle qui me tient, rien d'autre. Je dois me lever. Si j'y arrive, j'aurai gagné. Si je peux aller jusqu'à la cuisine, tout ira bien. Cela prouvera qu'il n'y a rien.
Je bouge une jambe, puis l'autre. Je me lève, voilà, ça y est, je suis debout. Sans ouvrir les yeux, je me dirige vers la cuisine, je cherche le tiroir, je trouve le couteau. J'ai gagné maintenant. J'ai gagné, le cauchemar est terminé. J'ouvre un œil, et puis l'autre. La cuisine est toujours éclairée, il n'y a personne avec moi, je suis seule. Le réveil du four indique 5:45. Le temps a repris, c'est bon, je suis sauvée maintenant.
Je retourne au salon, le poing serré sur le couteau malgré tout. Je me réinstalle sur le canapé. Et c'est là que je la vois: la main. La main a traversé le mur. Est-ce que je suis en train d'halluciner? Je n'ai pas dormi depuis si longtemps, c'est possible non? Mais je sais bien que ce n'est pas le cas, cette main et bel et bien là… la fatigue n'a rien à voir là-dedans. Le rire se fait entendre à nouveau.
Alors
La main rentre dans le trou à nouveau, et les frottements reprennent. Il creuse. Il va arriver. Il y a quelque chose dans les murs. L'orage gronde toujours, la télé est à fond, mais je n'entends que le bruit de la chose qui creuse. Bientôt. Bientôt il sera là. Je dois m'enfuir! Mais je sens quelque chose m'agripper la cheville, je regarde en bas. Une main est sortie de dessous le canapé. Je ne peux pas bouger. C'est fini. Je n'arrive même pas à brandir le couteau. Contre lui, cela n'est d'aucune utilité, je le savais. Il ne peut pas mourir.
Et puis
Un bout de mur s'effondre. Le trou est assez grand pour qu'il passe maintenant. Je ferme les yeux et prie de toutes mes forces pour que ce ne soit qu'un cauchemar. Mais je sais que quand je les rouvrirai, le trouve sera encore là. Le tonnerre gronde, la foudre frappe…la lumière s'éteint.
FIN
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